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Voyage chez les dogons


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Mercredi 18 février - Dourou - Nombori

Relation du voyage

Le matin nous sommes debout avant sept heures, Christine est déjà sur la terrasse à traiter quelques photos prises la veille.

Après le petit déjeuner, on charge la charrette avec les bagages, Isa qui connait ce transport, puisqu'elle y a gouté il y a quelques années, demande s'il est possible d'avoir un matelas, car ses souvenirs lui rappellent la dureté du bois. Christine et Isa grimpent sur la charrette tirée par un zébu, qui, dès qu'il tire fait ses besoins, surprise pour Christine, Isa lui explique qu'au départ et en cas de stress de l'animal (une cote un peu difficile, des pierres), il décontracte tous les muscles. Et nous voilà parties pour la descente de la falaise. Il nous faudra descendre à un moment donné, car la piste est faite de granit et glissante pour les sabots du zébu. Arrivées à l'endroit, Yaya (notre cuisinier) nous propose un raccourci par la falaise, facile nous dit-il, ce sont des marches, nous nous concertons et décidons de prendre les marches. Le charretier Moussa, lui va contourner et nous rejoindre en bas.

François et JP partent à pied au travers de Dourou. Quelques maisons fleuries en sortie de ville et le chemin qui part vers la falaise. Nous croisons la piste et nous postons pour saluer nos femmes qui arrivent paisibles. Maintenant nous continuons sur le plateau noir recouvert de lave. De temps en temps la croute s'est effondrée et le peu de terre qui est installé est cultivé. c'est bizarre de passer sur un chemin de 80cm de large bordé à droite et à gauche d'une bande cultivé de moins d'un mètre ! Nous arrivons ainsi à la faille que nous descendons prudemment. la pluie peut rendre glissants les pierres aussi nous serons prudents.et nous découvrons au fond d'une faille la vue sur la plaine 100 m plus bas et au fond sur la falaise que nous descendons spectacle dans une lumière terne du fait de la couverture nuageuse mais magnifique et surprenant. Dans la descente nous croisons les enfants des écoles qui profitent des vacances forcées pour un échange de mil avec Dourou. Ils s'amusent et ont tous un petit sac sur leur tête, en revanche ils n'ont pas tous les tongs standard mais marchent pied nus.

Nous voici enfin arrivés ou presque. Le sable d'abord, les plantations ensuite. Elles sont abritées des bêtes par des palissades continues et la verdure est arrosée par les enfants et quelques adultes.tous les légumes sont là notamment les oignons bien sur et puis les salades, les tomates et tous ce qui améliorera le couscous ou le riz du soir. Enfin il fait quand même chaud et nous arrivons avec plaisir à la table du campement pour prendre bières et sucreries.

Ça c'est ce que l'on croit, car en fait d'escalier, c'est une faille, avec pour corser un peu la chose, une échelle dogon (en Y). Mais ne croyez pas, nous nous en sommes TRÈS bien sorties toutes les deux, et nous avons récupéré notre attelage pour continuer sur Nombori.

En chemin, nous sommes passés par des endroits un peu difficiles (pour le zébu), et la trouille a fait agir ses sphincters, Christine s'est retrouvée avec une belle bouse sur le pied. Isa s'en aperçoit et prise d'un fou rire qui se termine par une toux sans fin. Christine est étonnée "pourquoi tu t'étrangle comme ça ?", et enfin elle voit le cadeau sur son pied (elle porte des sandales sans chaussettes). Essuie tant bien que mal et fera un bon nettoyage arrivée au campement "le baobab" spécialité beignets.

A Nombori (lieu de notre campement), nous cohabitons avec un groupe d'instituteurs (1/2 mâle et 4 ,5 femelles). C'est la tablée d'à coté, et que ce racontent-ils ? des histoires d'instituteurs. Le ministre en prend pour son grade et mesdames regardent langoureusement François et Jean-Pierre (c'est lui qui le dit). Mais elles ne resteront pas dormir ici, elle repartent pour Dourou. Avant ce départ, dures négociations avec le personnel qui tente d'échanger statues et objets d'art contre le pantalon d'une instit. Mais non, madame ne se laisse pas convaincre de laisser son super pantalon spécial trekking. De même nous ne négocions pas les torches solaires contre des éventails.

Vers 16 heures, tour du village jusqu'au pied de la falaise (enfin nous sommes déjà à flanc de falaise) pour voir la maison du Hogon, le Hogon est le chef suprême des animismes, qui ont plusieurs dieux C'est le plus vieil homme du du peuple Dogon, il est élu par ses pairs. D'ailleurs, comme nous le verrons plus tard, Jacques Chirac a obtenu d'être officiellement institué Hogon ! alors... Ca doit être vraiment bien, un peu comme sumo.

Son mode de vie est assez spécial, vivant en reclus de la société, il ne peut plus poser le pied nu par-terre, il doit passer sa journée assis devant sa maison. Il ne sort pas de chez lui En cas de question grave, il est consulté par les initiés du village. Il ne vit plus avec sa femme (ou ses femmes), mais elle peut venir le voir. Il se fait servir ses repas par une jeune fille vierge. Il ne peut plus se laver. Le Hogon est le prêtre du Lébé, le serpent-vieil homme. Chaque nuit, le Lébé se rend chez le Hogon. Il lèche le corps du Hogon, lui donne la force de vivre un jour de plus. La salive du Lébé, c'est la force de l'humidité, la force de la parole. Le Hogon ne doit donc ni se laver, ni suer, sinon il perd la force du Lébé. Le jour où le Hogon prend peur du serpent, il meurt.

Nous ne pouvons donc pas approcher mais on peut regarder et prendre des photos, en redescendant, nous rencontrons un homme qui nous montre une vieille photo, c'est celle du dernier hogon du village, son père. Ca nous coute une pièce et pas un jeton faute de noix de cola.

Le soir, Seydou nous a préparé une surprise, un spectacle des femmes du village afin de récolter des sous pour construire une maternité. Elles vont danser en habit traditionnel (en pagne et haut en indigo) et chanter au son des instruments de musique locaux dont le bar po (tambour calebasse) qui roulera à plusieurs reprises parmi les danseurs. Pendant les danses un drame : les italiens ont refusé de cotiser et pourtant regardent depuis le haut du campement. Ca se règle virilement mais à la malienne. Donc pas de coup mais de la discussion... Le principe de la danse est simple, un participant est accroupi et plusieurs se rapprochent de lui en "dansant" et, à proximité de l'accroupi baissent le torse jambes raides, touchent la terre du bout des doigts et c'est fini. Seydou explique qu'il s'agit là d'un geste d'excuse, de prosternation. Progressivement le village tout entier se joint à la danse et fait la fête, les dames ne sont plus toutes en indigo et les hommes sont en blue jean pour danser. Seydou, un peu choqué de la dérive "non conforme à la tradition", stoppe la fête et tous nous allons au lit après avoir photographié Cricri en train de danser.

Ce soir nous dormons sur la terrasse, Isa et JP qui n'ont pas prévu de petite laine, ni de couverture le regrettent un peu. De leur coté les Koepp qui nous montraient leurs plantes des pieds, se sont tournés de notre coté, un vent coulis s'étant levé dans la nuit.


Février 2009 | fontenille.jp@gmail.com

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