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Voyage chez les dogons


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Vendredi 20 février - Tireli

Relation du voyage

Aujourd'hui, c'est repos, enfin pour monsieur zébu et son maître. Nous, c'est visite du village et de la très belle toguna ornée de symboles animistes, Le hogon, saint homme vivant en ermite, exerce à la fois une autorité morale et religieuse sur la communauté aux destinées de laquelle il veille. Il en garantit la paix sociale et intercède en sa faveur auprès des esprits.

La vie des Dogons, empreinte de nombreuses croyances, est dépendante de symboles régulateurs de tous les aspects de la vie sociale : des divinités représentant la vérité et l'éternité, des animaux sacrés tels que le serpent qui lèche le hogon pendant la nuit, la tortue qui goute ses repas ou bien le renard, transmetteur de connaissances aux hommes.

Les adultes ont disparus, peut-être aux champs, ou en train de préparer le repas. Toujours est-il que l'on ne voit que des vieux éventuellement des enfants jeunes, Jean-pierre s'étonne de l'absence de poupées pour les enfants. Seydou explique que, réalisées dans des calebasses, elles sont fragiles et donc chères à remplacer. Mauvais arguments ! JP ne fait pas de réflexion mais ici les enfants n'ont pas de jouet, même pas de poupée. Nous profitons de notre passage pour distribuer quelques noix de cola aux vieux, en signe de respect. Cette noix, alcaloïde, est très chère sur le marché et les vieux n'ont pas les moyens de s'en acheter.

Nous redescendons vers la grande place du village, où les préparatifs du marché commencent. En pays Dogon , les semaines sont de 5 jours.
Organisation sociale des dogons de Michel Leiris

"Une étude de marché, qui joue chez les Dogons un rôle économique et social très important, et règle le comput du temps (semaine de cinq jours [désignés], pour un groupe de régions, d'après le nom de la région où se tient le marché au jour considéré), termine la première partie du travail de Mme Paulme-Schaeffner (1909-1998). Après avoir ainsi envisagé, en partant de l'ensemble que constitue une région, l'organisation sociale proprement dite des Dogon, l'auteur examine dans la seconde partie de son travail , la manière dont les existences individuelles s'insèrent dans le cadre défini."

Pour ceux qui seraient intéressés par les études entreprises par Mauss, Levis-Strauss, Leiris et D. Paulme-Schaeffner, voici le lien : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/issue/hom_0439-4216_1998_num_38_147

Après ce petit aparté sur l'origine de la semaine Dogon, dans l'après midi nous allons au marché, ça sent la bière de mil, petite explication sérieuse sur cette boisson, très prisée, même par les musulmans (la bière , ce n'est pas de l'alcool).
Dolo ou bière de mil - Éric Jolly - CNRS

Établis à l'est du Mali, dans la bande soudano-sahélienne, les Dogon sont des agriculteurs pratiquant une quasi monoculture de mil (ou de sorgho). Cette céréale emprunte des circuits économiques différents selon sa destination culinaire. Le grain produit par chaque famille sert en priorité à son alimentation ; il est cuisiné sous forme de repas solide et consommé en silence dans l'intimité des maisons. En revanche, le mil acheté ou produit collectivement est converti en bière pour être utilisé à des fins sociales et religieuses, hors du cadre domestique, selon une logique privilégiant non plus la subsistance mais la communication et les redistributions somptuaires. Sous sa forme liquide et fermentée, le mil cesse d'être la nourriture familiale de base pour devenir une boisson collective, indispensable à la vie en société. Encore faut-il distinguer bière commerciale et bière cérémonielle. La première est confectionnée avec le mil acheté par les femmes et circule entre les buveurs parallèlement aux relations interpersonnelles d'amitié et de voisinage. Consommée publiquement dans les marchés ou les " cabarets ", cette bière est la principale ressource monétaire des femmes et la plus importante source de loisirs masculins.

Quant à la bière cérémonielle, elle est indépendante des circuits commerciaux et circule parallèlement aux réseaux d'alliance et de parenté. Elle est confectionnée grâce au " trop-plein " de mil des cultivateurs ou au " surplus " céréalier généré par les champs ou les travaux collectifs. La bière exige de tels excédents : les champs de fonction ou le débordement volontaire des paniers de mil ne visent d'ailleurs qu'à en produire. Et avant d'entamer la nouvelle récolte, les hommes mettront de côté ce qui doit obligatoirement rester jusqu'à l'année suivante pour être restitué sous forme de bière aux entités gardiennes du mil. Étape obligée du cycle du mil, la transformation du grain en bière garantit ainsi la continuité du procès agricole, sans jamais être assimilable à un gaspillage.

Nous découvrons des étales de légumes et de graines, le marché c'est avant tout des odeurs et des couleurs (moins typiques qu'à Koutiala), l'absence de poisson explique essentiellement cela, il est organisé de telle sorte que chaque parcelle est réservée à quelque chose de particulier. C'est aussi l'occasion de pouvoir acheter de la viande de mouton. Pas de boeuf aujourd'hui (très cher). Pour le porc, nous en parlerons un peu plus loin. Mais le marché est le lieu par excellence pour boire de la bière de mil, le cabaret est à l'entrée du marché, les hommes sont sous une grande bâche (il fait déjà bon chaud) et sont servis par des femmes, la mesure est une calebasse d'un litre disent-elle et qui coute 50 F. Certains commencent à être un peu éméchés et ce n'est qu'un début, car tard dans la nuit nous en entendrons certains qui tenteront de remonter chez eux... Difficilement.

Nous continuons notre tour de marché avec Yaya, ; Seydou n'a pas pu nous suivre car une touriste est venue de Bandiagara en 4X4 pour le voir. Après ce bain de foule un petit rafraichissement est le bienvenu, dans le campement du bas. C'est vrai qu'il est bien placé, mais il n'a pas le pitoresque du notre, et pas de bougainvilliers. On nous fait visiter... La boutique de souvenirs, puis nous montons surla terrasse, et là !!! juste derrière le campement se trouve les vendeurs de viande de cochon grillé. La viande de porc est présentée découpée en tranches regroupant : la couenne, le gras et du maigre. Le jambon lui-même est découpé en grosses lanières. Tout cela est réparti sur trois plaques de fer maintenues à température par un feu de bois. Jean-Pierre descend pour voir. Il regarde, examine, demande des explications... Et finalement il choisit quatre côtes qui ont encore leur noix. Elles seront cuites (cramées) à la poêle avant de nous être remises.


Février 2009 | fontenille.jp@gmail.com

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